- Royce Mendes
Directeur général et chef de la stratégie macroéconomique
Banque du Canada : c’est le moins qu’elle puisse faire
Les décideurs monétaires n’abaisseront pas les taux d’intérêt la semaine prochaine, mais ils pourraient tout de même offrir une forme moindre de soutien aux ménages canadiens. L’inflation est loin d’être menaçante. La croissance des prix sous-jacents semble modérée d’après toute une série de mesures. Après ajustement pour tenir compte des biais connus dans les mesures privilégiées de l’inflation fondamentale de la Banque du Canada (BdC), notre analyse suggère que l’inflation sous-jacente n’est que légèrement supérieure à 2 %.
D’un point de vue strictement axé sur les données, il n’y a guère de raison pour que la BdC adopte un ton agressif en ce qui concerne l’inflation. Pourtant, même en l’absence d’éléments probants clairs, les décideurs ont continué d’intégrer l’hypothèse de futures pressions sur les prix découlant de la réorientation des chaînes d’approvisionnement et de la recherche de nouveaux marchés d’exportation par les entreprises. Comme nous l’avons déjà fait remarquer, cette hypothèse ne s’est pas confirmée dans les données.
À l’heure où des nuages recommencent à planer sur l’économie mondiale, les banquiers centraux devraient moins se préoccuper des risques théoriques d’une hausse de l’inflation que de la conjoncture économique actuelle. Moins de 50 % des secteurs ont affiché une croissance positive de l’emploi au cours des 12 derniers mois, une situation rarement observée en dehors d’une récession. En même temps, il y a eu une hausse marquée du nombre de personnes déclarant être à risque de manquer un paiement de remboursement de leur dette au cours des trois prochains mois.
Les marchés de l’habitation continuent de s’affaiblir dans la majeure partie du pays. Les prix diminuent, les stocks augmentent et, bien que l’abordabilité se soit légèrement améliorée, la confiance demeure fragile. Moins de 15 % des locataires prévoient acheter une maison au cours des 12 prochains mois, soit la plus faible proportion depuis le début de la collecte de données en 2020.
Les entreprises s’en sortent un peu mieux. Leurs marges bénéficiaires augmentent enfin, mais elles hésitent encore à investir davantage ou à accroître leur masse salariale. Comme bon nombre de dirigeants d’entreprises attendent de voir l’issue de la prochaine révision de l’Accord Canada–États‑Unis–Mexique (ACEUM), l’incertitude renforce un cercle vicieux dans lequel les ménages sont de plus en plus préoccupés par la sécurité d’emploi.
Certes, le budget 2025 prévoyait une hausse considérable des mesures de relance budgétaire. Toutefois, il est peu probable que ce soutien stimule l’activité de manière importante avant la fin de 2026 ou le début de 2027. La croissance démographique devrait par ailleurs reprendre l’an prochain, et les renouvellements hypothécaires commenceront à donner un coup de pouce à l’activité. Mais le risque à court terme, c’est que l’économie traverse une zone de turbulences.
Le Conseil de direction de la BdC réitérera que le taux directeur actuel est suffisamment bas pour que l’économie retrouve sa pleine santé – en supposant que tout se déroule comme prévu. Mais les décideurs politiques devraient commencer à adoucir leur discours sur l’inflation et discuter plus ouvertement des risques baissiers qui les inciteraient à revenir à l’action. Même en l’absence de baisses de taux imminentes, un ton conciliant la semaine prochaine pourrait contribuer à faire diminuer les taux d’emprunt. C’est le moins que la BdC puisse faire dans le contexte actuel.
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