- Royce Mendes
Directeur général et chef de la stratégie macroéconomique
Banque du Canada : (dés)orienter les marchés
La dernière annonce de la Banque du Canada (BdC) concernant son taux directeur a déclenché une importante vente de titres. Il est fort probable que les banquiers centraux ne prévoyaient pas que le marché intègre presque deux hausses et demie de taux, mais c’était la conséquence du scénario illustratif avec des prix du pétrole élevés présenté dans le Rapport sur la politique monétaire d’avril. Six semaines après sa publication, il est clair que les conditions actuelles ne justifient pas un resserrement monétaire de cette ampleur. La BdC maintiendra donc son taux directeur fermement à 2,25 % la semaine prochaine.
De notre point de vue, le marché est encore mal évalué. Avec une inflation sous-jacente modérée et une économie qui tente tant bien que mal d’éviter un important ralentissement, les banquiers centraux ont peu de marge de manœuvre pour augmenter les taux au cours des prochains mois. Tous les signaux laissent entrevoir un classique déficit de demande dans l’économie, bien qu’il y ait aussi certains éléments à surveiller du côté de l’offre. Par conséquent, le Conseil de direction de la BdC n’a plus à se préoccuper des compromis politiques associés à une économie où l’inflation est forte et la croissance est faible. Il peut se concentrer sur les mesures qui pourraient être requises si la demande continuait de se détériorer.
Outre la faiblesse fondamentale de l’économie, le risque de négociations difficiles lors de la révision de l’Accord Canada–États‑Unis–Mexique (ACEUM) est sous-estimé. Leur résultat constitue le plus grand risque pour l’économie canadienne. Il est fort probable que les États‑Unis, le Canada et le Mexique ne parviennent pas à s’entendre sur une prolongation de 16 ans de l’accord d’ici la date limite du 1er juillet. Ce ne serait pas nécessairement désastreux, étant donné que l’ACEUM resterait en vigueur, mais il faudrait alors composer avec une période prolongée d’incertitude pendant laquelle le président Trump pourrait ajouter à la volatilité.
Dans cette optique, la BdC devra adopter un ton plus équilibré dans son communiqué. Pour ce faire, il lui faudra reconnaître la faiblesse de l’économie et souligner la transmission limitée de la hausse des prix du pétrole aux autres biens et services.
De plus, évoquer une nouvelle fois la possibilité de hausses consécutives du taux directeur est à éviter. En avril, le Conseil de direction s’est donné beaucoup de mal pour expliquer que le scénario illustratif avec des prix du pétrole élevés ne constituait pas un scénario complet intégrant l’ensemble de la modélisation associée. Il mentionnait qu’il fallait davantage le voir comme une réflexion visant à baliser une situation unique. Cette nuance n’a apparemment pas été captée par les marchés, qui ont immédiatement commencé à intégrer une politique monétaire plus restrictive, transformant ainsi un acte de transparence en maladresse. Les investisseurs devraient savoir que la BdC a déjà lancé les marchés sur de fausses pistes par le passé.
Nous ne prévoyons pas non plus que la BdC baissera les taux. Notre prévision de base comprend encore un effet positif de la politique budgétaire, un affaiblissement des vents contraires liés à l’incertitude tarifaire et un retour à une croissance démographique positive vers la fin de cette année. Toutes choses étant égales par ailleurs, l’économie devrait se remettre de sa morosité actuelle sans aucun soutien monétaire. Toutefois, si les négociations en lien avec la révision de l’ACEUM venaient à échouer, les banquiers centraux canadiens devraient réduire les taux d’intérêt. Tout ce discours sur les hausses de taux consécutives paraîtrait alors encore plus mal.
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